Démocratie et totalitarisme
Oublié par l’intellectualisme d’hier, Raymond Aron n’en demeure pas moins un monument de la pensée française tant sa réflexion a fini par s’imposer dans la société contemporaine quand son grand rival, Jean-Paul Sartre, l’orientait à souhait. Plus qu’une différence idéologique entre les deux hommes, il y a une différence méthodologique. En effet, si Sartre est resté philosophe jusqu’au bout des ongles, Aron a su intégré à son champ méthodologique une lecture sociologique et historique. De ce fait, Démocratie et totalitarisme - troisième opus d’un cours de sociologie des sociétés industrielles - surpasse la seule matière philosophique à laquelle la politique était rattachée durant cette époque idéologique à souhait.
Néanmoins, détaché de son contexte, Démocratie et totalitarisme est un livre qui présente peu d’intérêt. Certes, la langue dans laquelle il est écrit convient à un large public. Certes, il approfondie certaines points que les philosophes engagés, les politologues et autres éditorialistes ne se donnent pas la peine d’étudier. Cependant, ses qualités s’affaiblissent bien vite si on le place dans notre époque post-communiste comme l’analyse objective dessert toute tentative de prospective. En d’autres termes, Aron ne propose rien, n’entrevoit rien et, surtout, ne creuse pas les concepts de “démocratie” et de “totalitarisme”. Sans prendre de risque, il dépeint une situation et fixe un cadre d’étude. Rien de révolutionnaire. Rien de novateur. Aucune approche qui se risquerait de bouleverser le monde des idées.
Démocratie et totalitarisme appartient de ce fait au rayonnage “manuel”. Il plaira à coup sûr aux bachoteurs, énervera les partisans mais ne parviendra pas à satisfaire quiconque tente d’entrapercevoir une philosophie politique.
Titre : Démocratie et totalitarisme
de Raymond Aron
Editeur : Gallimard (Folio Essais)
ISBN-13: 978-2070324293
Prix : 8 €

Caulfield a dit,
juillet 28, 2008 à 2:48
Ne connaissant à peu près pas Aron, j’éviterai de débattre de quoi que ce soit à son propos.
Sartre était un arriviste; ce sont ses nombreux engagements, notamment politiques, ainsi que ses erreurs assez flagrantes dans ce domaine, qui ont poussé à le considérer comme un homme double: on connaît le Sartre philosophe, plein de grandes idées et toujours campé sur ses positions, et on connaît le Sartre activiste distribuant des tracts qui descendait dans les rues en compagnie de Beauvoir.
Seulement, on considère très souvent que ces deux facettes de Sartre ne se rejoignent en aucun point; les pro-Sartre ne retiennent donc de lui que ses belles paroles philosophiques, les anti-Sartre, uniquement ses erreurs politiques.
Dire que Sartre était un philosophe et rien qu’un philosophe me semble quelque peu abusif. Sartre était un arriviste quant à ses engagements, non quant à sa réflexion purement théorique. C’était d’ailleurs là la contradiction principale qui fait de lui un philosophe relativement controversé.
Je t’invite d’ailleurs, si ce n’est déjà fait, à visionner “Sartre, l’âge des révoltes”, où l’époque dorée de Sartre est retracée, grâce notamment à la prestation définitivement superbe de Denis Podalydès; bien que trop court pour être parfait, ce long-métrage (passé à la télévision il y a quelques années, peut-être moins; la date exacte m’échappe) englobe quelques points importants sur le philosophe.
Le défaut majeur de cette production est que seules les facettes “officielles” de Sartre y sont représentées: on ne retrouve là que les choses, parfois totalement futiles, qui sont restées gravées dans l’esprit collectif à son propos.
Sa relation avec Aron y est présentée très brièvement, aussi.
Caulfield a dit,
juillet 28, 2008 à 2:50
(Au temps pour moi, je rectifie l’erreur de mon précédent commentaire: le titre du feuilleton est “Sartre, l’âge des passions”)
eliram a dit,
juillet 28, 2008 à 4:24
Petite précision, quand je dis de Sarte qu’il est ” resté philosophe jusqu’au bout des ongles”, c’est au niveau méthodologique bien qu’il ait tenté - peut-être trop tardivement pour être pertinent - de se rapprocher de l’analyse sociologique.